MA BIBLIOTHEQUE

 

 

      Ma bibliothèque est la plus belle du monde car elle m'appartient. Elle a des étagères en bois qui s'affaissent sous le poids des livres mais elles tiennent le coup. Elles sont solides et comme Atlas, elles retiennent bravement tout ce qu'elles peuvent supporter en plus des manuscrits. Elles ne sont pas punies par les Dieux, c'est leur avantage par rapppprt à ce héros de la mythologie grec. Ce n'est pas donc pas une corvée. Elles me l'ont dit. Je crois même qu'elles m'aiment. Non, je ne suis pas fou, j'en suis sûr car je sais que je ne les épargne pas. 

 

   Comment me croire? Vous n'avez qu'à les contempler. Sur la platitude de leurs épaules, se réfugie, se cache, s'exhibe tout ce que mon imaginaire peut montrer dans le réel. Il faut savoir décripter tout ce qui n'est pas à la portée de la vue,  tant pis pour ceux qui ne savent pas. Le plus important, c'est que je m'y retrouve.

 

   Mes rêves, ma mémoire sont empilés en vrac ou alignés sur les rayons de ma vie. Ce n'est pas le présent qui est représenté puisque je le vis et il n'est pas encore détaché totalement de moi pour l'exposer. Il est en manque d'affection, il me colle. Le futur quant à lui rayonne joyeusement car il s'invente une bibliothèque à lui et ne tient absolument pas compte de la moindre de mes attentes. Sa seule crainte c'est de vieillir, de devenir présent puis passé. Il en frissonne et il craint ce processus irréversible. C'est un couard. Il faut se méfier de lui et envisager l'avenir avec circonspection. Il peut me nuire car lui seul sait la vérité et m'induire en erreur, moi non. 

 

  Mais fi des états d'âme du futur! Je laisse de côté sa frilosité et je fonce car ma bibliothèque, loin d'être un musée de ma vie est ce qui est de plus vivant dans cet appartement. Je n'ai même pas besoin de fermer les yeux. Des avions foncent sur moi, des paysages m'entourent, me colorent, des personnages me racontent leurs vies, commentent les actes de la mienne et assurent être mes amis. Comment ne pourraient-ils pas l'être puisque je les  ai choisis. Ils habitent dans les pages de ces livres mais ils en aiment sortir et ils me le font savoir. Ils s'animent et se permettent même de visiter mes albums de photos et d'y élire leurs résidences secondaires. Parfois, Ils y voyagent aussi et me laissent leurs impressions.

 

  Des masques africains me replongent dans la forêt du Mayombe et me font frissonner. Je me revois enfant noyé dans cette verdure et apeuré en attendant le bruit des gorilles se battant la poitrine. Des petits objets me rappellent la chaleur de l'amour de mes ancêtres et de mes animaux qui ont partagé ma vie. 

 

 A un autre étage tout swingue. Le jazz est là, la variété aussi. L'ambiance est folle, démesurée et déboussolante. ACDC hurle en martelant chaque parole de leur chanteur par des frappes de marteaux de forgeron sur leurs batteries tandis que Mike jagger déhanche ses lévres pour déchainer un tsunami  de sensualité en vociférant angie avec le micro si près de sa bouche que tous nos sens en sont chamboulés et ne savent plus ce qu'il tient réellement dans ses mains.

 

   Les mélomanes, leurs voisins, ces puristes qui n'écoutent que du Mozart, du Purcell  sont déconcertés par cette assourdissante musique alors qu'ils espèrent écouter un concerto dans la plus stricte intimité et dans un silence religieux. Des chuts intempestifs tonnent à l'entrée d'un  objet que je pose à côté des disques. Souvent, ces placements d'office frisent l'hystérie dans mon petit microcosme musical qui ne supporte  pas l'intrusion de ces béotiens et ceux-ci considèrent eux même d'être placés là comme des sans-abris par un service social et le vivent très mal. Des portraits placides regardent tout ce monde s'agiter et espèrent que toute cette animation à laquelle ils ne peuvent pas participer aura une fin.

 

 

  Ma hantise est de ne pas avoir assez de place pour remplir cette bibliothèque de tout ce qui me tient à coeur et je voudrais que ses rayons s'allongent à l'infini, comme ma vie mais est ce bien raisonnanble et réalisable !