PETRA

 

    Qu'il est difficile, à la sortie du sîk, mot aussi mystérieux pour moi, de ne pas se retrouver dans un monde perdu et de ne pas croire  marcher dans les allées du temps. Je retrouvais la même impression que j'avais ressentie pendant mon voyage sur la King'road.

 

    Ce long défilé étroit qui se retrécissait au fur et à mesure que j'avançais m'inquiétait et aiguisait aussi ma curiosité. Une civilisation inconnue avait laissé des traces de son passage et ces indices extraordinaires me donnaient l'impression de plonger dans un univers fascinant. Des esquisses d'êtres humains présentaient leurs silhouettes sur les parois, des serpents, des têtes d'éléphants sortaient de la roche  et des canaux qui suivaient ce défilé rappelaient que des hommes avaient dompté l'eau, source de la vie.

 

  Aprés avoir marché dans une semi-pénombre, avoir été dépassé par des calèches transportant des voyageurs indolents et pressés d'en découdre avec cette énigme, je me figeais, au détour d'un virage, enchanté par la vision qui se présentait  devant moi.

 

   C'était celle de la façade du Trésor, un moment cachée à moitié par les falaises de ce défilé  sûrement par simple coquetterie et qui quelques mètres  plus loin, s'étirait vers le ciel  dans toute sa splendeur, maquillée harmonieusement par les rayons du soleil.

 

   Je continuais à marcher et mes semelles soulevaient  une poussière qui me portait sur des nuages d'ouate et tel Aladin sur son tapis volant je me déplaçais  sans encombre en survolant les marches du temps. Tout était grandiose et étrange. Une ville qui avait été gratifiée de métropole par les romains étendait les restes de sa magnificence et offrait avec bienveillance les vestiges laissés par toutes les civilisations qui l'avaient habitée et construite selon leurs goûts.

 

  La  myrthe, les épices et les encens avaient enrichi les habitants de cette cité et laissé dans cet espace clos les émanations d'une ivresse qui permet toujours aujoud'hui à notre imagination de se libérer et de se laisser aller à toutes les plus folles suppositions.

 

   Des monastères perchés au sommet de montagne et cachés à tous les regards, des façades élancées de tombeaux sculptées aux couteaux dans la roche, colorées de bleu, de rouge , tous ces monuments vous invitent dans le futur tandis que des ruines d'une basilique bysantine, des colonnades de palaces romains et des rues pavées vous balladent dans les siècles passés. 

 

  Des montagnes métamorphosées en palais, une table de sacrifice témoin d'épisodes de l'épopée  de la bible, surplombant un paysage grandiose, laissant sous nos pieds une terre boursouflée par un chaos de roches travaillées par l'érosion, brûlées par le soleil et ne  laissant aucune place à la végétation, tout ce  décor irréel me porte à croire que le réel joue une pièce dont il est  le seul acteur.  Le thème en est la tragédie du temps qui s'attaque à une jeune femme aux flamboyants atours, la dégrade et comme suprême outrage lui laisse de magnifiques oripeaux pour lui rappeller sa beaué à jamais disparue.

 

   Cette jeune  dame si avilie par l'érosion de chronos s'appelle Pétra la citée perdue.