QUI FRAPPE A MA PORTE ?

 

 

     Ce matin, je suis morose. Allongé sur mon canapé, j'écoute la radio. Soudain, j'entends la sonnerie de l'entrée de mon appartement. Je ne sais pas si je vais ouvrir. Je n'en ai pas envie. Poutant, ma curiosité est aiguisée mais je décide de ne pas répondre et je préfère penser à la personne qui est derrière la porte.

 

    Je laisse de côté les porteurs de mauvaises nouvelles, les amis qui s'invitent et autres empêcheurs de tourner en rond. Je m'invente des personnages extraordinaires : des vampires égarés et angoissés par la lumière venant chercher refuge dans  mon placard en attendant la nuit prochane, divers princes charmants demandant asile, lassés de rechercher les beautés endormies ne répondant pas à leurs appels ou quelques extra terrestres complètement déboussolés, désespérés de ne pas trouver la direction de la grande ourse.

 

   Ces visiteurs me déplaisent aussi et me laissent de marbre. Je penche plutôt pour une arrivée  extraordinaire, celle de  mon moi qui vient me demander de lui laisser sa liberté, fatigué de mes errances, de mes atermoiements à résoudre mon mal de vivre. Privé de  mon  bien être, il vient peut-être me réclamer des dernières explications et me proposer d'ultimes solutions comme me battre afin de me faire réagir ou tout simplement  me tuer, petit meurtre entre moi et moi qui pourrait résoudre cet insoluble problème.

 

  Je me refuse à penser à ce scénario  car je devrais lui fournir des raisons très convaincantes pour qu'il ne passe pas à l'acte et je m'aperçois avec horreur que je n'en ai pas. Il ne me reste plus que la chance qui a été souvent mon alliée. Va-t-elle m'écouter, me prendre en pitié? L'atmosphère s'alourdit autour de moi. Un autre coup de sonnette retentit.

 

  Je m'approche vers la porte silencieusement et je regarde à travers le judas. Je ferme tout de même les yeux en espérant,  en les ouvrant, apercevoir un monde imaginaire et surtout pas mon moi. 

 

  La chance m'a entendu. Elle l'a fait fuir. Je vois simplement le couloir et le facteur qui m'amène une lettre recommandée. Je parie que c'est mon moi qui m'écrit car c'est un fieffé lâche! Je ne vous l'ai pas dit auparavant car ce moi, c'est moi. De toute façon, la porte restera fermée car c'est surement une mauvaise nouvelle.