THE SPOT JAZZY OF C A

 

      A quelques centaines de mètres de la gare centrale de Nice, après avoir suivi un dédale de rues, se niche un petit bistrot qui ne paie pas de mine, plutôt sale, aux murs décrépis.

 

    Pourtant ce bar est plein à craquer tous les samedis soirs. Il s'y joue le meilleur du jazz et tous les connaisseurs de la région ne s'y trompent pas. C'est le spot jazzy de la côte d'Azur dans lequel tous les clients se piètinent tout en sirotant des ballons de rouge ou de rosé selon leurs convenances pour écouter ces sons magiques.

 

  Car la magie de ce lieu, c'est ce subtil mélange de musique et l'ambiance qui règne autour. Beaucoup seraient étonnés de la diversité des afficionados qui le fréquentent.  

 

   Personne ne fume, bien que les cerveaux soient échauffés par les vapeurs de l'alcool. Même les vétérants, ladies aux âges avancées, assises sur des chaises placées près des jazz men, écoutent religieusement leur musique. Pourtant, elles n'ont pas oublié auparavant de tapoter consciencieusement leurs fesses lors de leur passage devant elles afin de se frayer un chemin pour atteindre leurs instruments.

 

    Elles dodelinent de la tête et vident les verres que leur présente le très sémillant et chaleureux patron du bar qui ferait plutôt office  d'ordonnateur de pompes funèbres, mais ce comportement est parait-il de rigueur afin de prévenir à tout comportement intempestif qui pourrait gâcher l'atmosphère souvent chauffée à blanc par les cadences des rythmes endiablés.

 

  Pendant que les old ladies restent stoïques tout en cherchant à retrouver leurs équilibres mentaux et physiques, des consommateurs dansent en écrasant les pieds de leurs voisins par manque d'espace. D'autres, jeunes ou vieux, femmes ou hommes, semblent scotchés par la virtuosité des musiciens. La musique bat son plein et les sons remplissent le bar comme le bon vin les bouteilles et saupoudrent en flocons sonores tous les invités enchantés et lègèrement avinés.

 

Pourtant certains, accoudés au bar,  comprennent  soudain le sens de leurs vies et grimacent d'horreur en se regardant dans la glace qui leur fait face. L'instant d'effroi passé, ils se consolent aussitôt en avalant ces visions d'horreur en petites gorgées de vin.

 

  D'autres exécutent des gestes de politesse entre eux, n'oublient pas de se draguer, de se jauger  mais personne hausse le ton et le silence de cet à côté de la musique laisse le jazz, roi de ce bar.